Aliénation et accélération Vers une théorie critique de la modernité tardive Hartmut ROSA

samedi 17 novembre 2012
par  Joël Daniault

L’auteur se pose la question : qu’est-ce qu’une vie bonne ? Et pourquoi nous ne pouvons pas l’atteindre dans une société moderne ?

La thèse qu’il développe dans ce livre est la suivante : « …l’une des manières d’examiner la structure et la qualité de nos vies est de se concentrer sur les motifs temporels. »

Les sociétés sont régulées par un régime temporel rigoureux qui se présente sous la forme de délais, de calendriers et de limites temporelles. Par suite, les sujets modernes « …sont régentés, dominés et réprimés par un régime-temps en grande partie invisible, dépolitisé, indiscuté, sous-théorisé et inarticulé. Ce régime-temps peut en fait être analysé grâce à un concept unificateur : la logique de l’accélération sociale. »

Cette accélération sociale mène à des formes d’aliénation sévère qui sont autant d’obstacles à la réalisation de la conception d’une vie bonne, c’est-à-dire une vie accomplie, riche d’expériences et de capacités développées.

Les acteurs sociaux ressentent de manière croissante qu’ils manquent de temps malgré les nouveaux moyens technologiques dans les domaines de la production, des transports et de la communication. En fait, les taux de croissance dépassent les taux d’accélération et, par conséquent, le temps devient de plus en plus rare malgré l’accélération technique.

L’accélération sociale en général et l’accélération technique en particulier sont une conséquence logique d’un système de marché capitaliste concurrentiel avec pour moteur la compétition.

Certes il existe des forces de décélération face à ce processus d’accélération mais elles restent secondaires et les forces d’accélération exercent une pression sur les sujets modernes de caractère totalitaire.

H.ROSA développe l’idée que l’accélération sociale mène à l’aliénation par rapport à l’espace, aux objets, à nos actions, au temps, à soi et aux autres. Il y a aliénation quand on a le sentiment de ne pas vraiment vouloir faire ce que l’on fait bien qu’on agisse librement, selon ses propres décisions et sa propre volonté.

Les changements dans la vie moderne ne sont pas vécus comme des éléments de progrès mais comme des changements frénétiques et sans direction. Cette perception de mouvement frénétique caractérise, selon l’auteur, la transition de la « modernité classique « à « la modernité tardive ».

« Au stade qu’elle a atteint dans la modernité tardive l’accélération n’assure plus les ressources nécessaires à la poursuite des rêves, des buts et des projets de vie individuels et au modelage politique de la société selon les idées de justice, de progrès, de durabilité, etc.. C’est plutôt l’inverse : les rêves, les buts, les désirs et les plans de vie individuels sont utilisés pour alimenter la machine de l’accélération. »

« Politiquement, il est devenu évident aujourd’hui que la pauvreté et le manque ne pourront pas être vaincus dans une économie capitaliste. Les réformes politiques du 21° siècle ne servent pas à améliorer les conditions sociales et à modeler la politique selon des buts culturels et sociaux définis démocratiquement. Le but presque unique de l’organisation politique est plutôt de maintenir ou rendre les sociétés compétitives, de soutenir leurs capacités d’accélération…. La promesse de l’économie politique, de modeler la société au-delà de la nécessité économique, devient dans un tel cadre, un vague spectre. C’est parce que les logiques de la compétition et de l’accélération n’ont pas de frein ou de limites internes : elles mobilisent d’immenses énergies individuelles et sociales mais, au bout du compte, elles les aspirent jusqu’à la dernière goutte. Logiquement, il n’y a aucune autre issue à cette évolution que le sacrifice de toutes les énergies individuelles et politiques à la machine de l’accélération symbolisée par la roue des hamsters de la compétitivité économique. »

En conclusion, pour l’auteur, une « vie bonne » pourrait être une vie qui serait riche d’expériences multidimensionnelles à partir de la relation entre le sujet et le monde social, la nature, le travail,…à l’opposé de l’aliénation.

Notes de lecture rassemblées par Joël Daniault
Saint-Ismier le 06/11/2012


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