Repenser l’Etat Pour une sociale démocratie de l’innovation

samedi 1er septembre 2012
par  Joël Daniault

Philippe AGHION Alexandra ROULET

La crise économique et financière que nous vivons a remis en cause la toute puissance des marchés. Et pourtant, les néo-libéraux prônent toujours un Etat minimal.

Certes, le modèle keynésien est dépassé. Ce modèle, qui mise intégralement sur une relance de la demande par l’accroissement des dépenses publiques, ne fonctionne plus dans les conditions de la mondialisation.

Les auteurs de ce livre proposent de renforcer le rôle de l’Etat dans notre société mais en le réinventant. L’Etat repensé, c’est d’abord l’Etat qui investit dans l’éclosion et la matérialisation d’idées nouvelles.

Refuser les dérégulations des néo-libéraux, dépasser le keynésianisme, mais aussi le blairisme. Le New Labour s’en remettait exclusivement aux forces du marché. La vision nouvelle est la suivante : « … notre vision de l’intervention publique est fondée sur l’idée de complémentarité entre incitations financières et réforme de la gouvernance, ce que les travaillistes britanniques n’ont pas su faire, notamment dans le domaine de l’école et de la santé…
Nous posons l’urgence d’une réforme fiscale en profondeur, pour concilier redistribution et incitation à l’innovation, alors que les tavaillistes n’ont réformé la fiscalité qu’à la marge. »

La politique économique qui nous est présentée ici s’appuie sur des travaux économiques récents et sur des expériences concrètes menées dans d’autres pays. On nous propose les lignes directrices d’un Etat à la fois plus juste et plus efficace.

Notre pays dispose de nombreux atouts : une natalité élevée ; une épargne supérieure à la plupart de celle des autres pays développés ; des systèmes de transport et de télécommunication parmi les plus performants au monde ; des enseignants et des chercheurs de premier plan ; des entreprises à la frontière technologique dans des secteurs aussi stratégiques que le nucléaire, l’aéronautique ou la pharmacie ; un patrimoine culturel qui contribue à faire de la France la première destination touristique au monde.

Mais il faut valoriser ce potentiel : « … l’Etat devra toujours continuer à investir dans l’éducation et la santé pour la simple raison que ces investissements constituent des facteurs essentiels de croissance qu’aucun individu ni aucun établissement ne sait internaliser à sa juste valeur. »

Education, santé, émigration : voilà des domaines où l’Etat doit investir massivement pour favoriser l’éclosion de nouvelles idées et de nouveaux talents.

Pourquoi l’émigration ? Notamment pour faire face au problème de vieillissement de la population. La proportion des plus de 60 ans devrait passer de 21,5% en 2007 à plus de 30% en 2025. Soutenir la natalité ne pourra pas suffire. Il faut s’engager dans une politique d’immigration et d’intégration audacieuse. En maintenant des flux nets d’immigration à leur niveau actuel d’environ 100 000 personnes par an, le ratio de dépendance passerait de 25% en 2010 à plus de 45% en 2050. Pour stabiliser ce ratio, les économistes spécialistes de ces problèmes ont estimé qu’il faudrait des flux migratoires nets de l’ordre de 200 000 personnes par an.

Notons qu’en 2005, la contribution des immigrés au budget des administrations publiques était positive, de l’ordre de 12 milliards d’euros.

Comme pour l’éducation et la santé, l’investissement et la bonne gouvernance vont de pair pour assurer le succès d’une politique d’intégration. Il faudra investir davantage dans nos capacités d’accueil et d’intégration comme dans la formation professionnelle.

Cette politique doit se concevoir en pleine concertation avec les pays d’origine de ces migrants.

Par ailleurs, pour faire face aux prises de risque nécessaires dans une économie dynamique et face aux nouveaux risques découlant notamment de la mondialisation, l’Etat doit se faire assureur, il doit assurer des parades, garantir des ressources.

Il faut réconcilier le besoin de flexibilité des entreprises et le sentiment de sécurité chez les travailleurs. Ainsi, la flexibilisation du marché du travail et l’incitation à l’innovation doivent aller de pair avec un renforcement des droits des salariés et de la démocratie sociale. Pour cela, il faut promouvoir la présence de représentants des salariés dans les conseils d’administration des entreprises. Cette pratique devrait faire l’objet d’un texte de loi.

Quelle politique fiscale ? On ne peut augmenter indéfiniment les impôts mais le poids des prélèvements obligatoires n’est pas en soi un frein à l’innovation puisque la Suède se distingue de la France à la fois par une pression fiscale plus importante et par davantage de brevets par habitant.

Deux critères doivent être retenus dans une réforme de la fiscalité : l’équité de la distribution des revenus après impôts et la préservation des incitations à l’innovation et à l’épargne.

« Nous proposons la mise en place d’un système dual de type suédois ou finlandais, avec une imposition fortement progressive sur les revenus du travail et une imposition à taux constant sur les revenus du capital, assorti d’un impôt également très progressif sur les successions et les rentes foncières pour corriger les inégalités du patrimoine. »
Il y a aussi la nécessité d’approfondir la démocratie à tous les niveaux car cela stimule la créativité et un système politique qui favorise la transparence est un système moins corrompu où les lobbies exercent une moindre influence sur les gouvernements.

En résumé : « Etat investisseur, Etat régulateur qui assure contre les nouveaux risques tout en respectant les normes budgétaires, Etat garant du contrat social, Etat impartial : telles sont les lignes de force du nouveau pacte social-démocrate que ce livre propose. »

Tout un programme pour notre nouveau gouvernement !

A Saint-Ismier le 20/08/2012

Notes de lecture rassemblées par Joël Daniault


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