LA SOCIETE DU MEPRIS ?

samedi 26 novembre 2011
par  Claude Rebotier

La culture qui sépare et qui rapproche.

En mai dernier, concert à la MC2. Des spectateurs arrivent, de plus en plus pressés. Des jeunes, une quinzaine, en survêtement et capuche pour certains, stationnent à leur habitude sur le parvis, mais silencieux et curieusement immobiles. Soudain, l’un d’eux se détache et esquisse une pantomime à côté d’un arrivant, mi-gêné, mi-souriant. Ce pas de deux burlesque et poétique accompagne le spectateur jusqu’à l’entrée. Et là, le voilà accueilli par une haie constituée d’autres jeunes, souriants, silencieux toujours, l’invitant l’un après l’autre, à entrer d’un geste dansé. La personne franchit la porte avec un soulagement sensible, victime pense-t-elle, d’une plaisanterie heureusement courte. Ces jeunes quand même !

Pour qui a pu observer les deux groupes, ce soir-là, se jouait une comédie douce-amère : les jeunes des cités offraient aux habitués de la culture, chez eux, un spectacle différent, donné par des acteurs inhabituels. La possibilité, la chance, d’être vus autrement, rejoignait l’étonnement de ceux qui devenaient eux-mêmes objets de regards respectueux et sympathiques, et créait pour tous un nouvel espace de rencontre. En obligeant chacun à quitter son imaginaire quotidien et à faire danser les uns sous le regard surpris des autres, la culture, sur son parvis, les a fait tous exister : celui qu’on voyait comme indifférent, sinon hostile et celui qu’on avait choisi d’ignorer, celui qu’on méprisait collectivement.

Ces jeunes de milieux populaires sont issus d’ateliers artistiques mis en place par la MC2 et Jeunesse et Sport pour des groupes très éloignés de la culture, a fortiori de la danse. Ils ont été emmenés de leurs quartiers à la MC2 par leurs animateurs de MJC, eux-mêmes parfois intimidés, au prix d’un travail patient et long. Ils ont accepté d’entrer à la MC2, découvert la danse contemporaine qu’ils méprisaient sans savoir qu’elle était sœur de leur hip-hop, et fini par se penser capables de jouer avec et devant les spectateurs de la Maison de la culture. D’invisibles, ils sont devenus dignes d’être vus… et de voir.

Dans la lutte pour la dignité et l’égalité, infime et émouvante victoire de la culture sur la société du mépris !

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Lire un autre article de Claude Rebotier : GPS et la culture


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