L’homme, acteur et victime du changement climatique : L’ALERTE VENUE DES PÔLES

Nouvelle soirée débat avec Claude Lorius
samedi 19 mars 2011

Nous avons eu le grand plaisir de recevoir Claude Lorius pour notre nouvelle soirée débat dans l’amphi du Lycée horticole, le mardi 19 avril. Près de 200 personnes étaient présentes, y compris quelques jeunes lycéens. Tous ont été vivement intéressés.

Vous pouvez trouver ici le compte rendu de la soirée.
PDF - 426.7 ko Claude Lorius est glaciologue. Pionnier de cette science, il est un des héros légendaires du premier hivernage français au cœur du continent antarctique en 1957. Désormais toute sa vie sera tournée vers les pôles. En quarante ans de carrière, il partira vingt-deux fois en expédition, totalisant six ans de campagne sur le terrain.
Les apports scientifiques de Claude Lorius ont été essentiels pour la compréhension de l’évolution des climats de la terre, grâce à ses études sur la composition des bulles d’air incluses dans les carottes de glace obtenues par des forages à grande profondeur. Il a montré le lien direct entre les gaz à effet de serre et l’évolution climatique sur des périodes allant de 150 000 à 800 000 ans, apportant ainsi la preuve qu’en surproduisant du gaz carbonique, l’homme est responsable du réchauffement climatique actuel. Distingué par de nombreux prix (prix Humbolt, prix Tyler, prix Balzan pour la climatologie, Médaille d’or du CNRS…). Il est le seul français à avoir reçu le prestigieux Blue Planet Prize – sorte de prix Nobel de l’environnement – en 2008, à Tokyo.

Claude Lorius-Laurent Carpentier « Voyage dans l’anthropocène » (Actes Sud)

Quelques extraits du prologue :

(…) C’est dans les glaces des contrées polaires, longtemps oubliées de la civilisation et devenues les premiers témoins de son évolution, que la science a trouvé la preuve irréfutable que l’homme avait pris le pas sur les cycles naturels et avait – à son corps défendant, dans sa course-poursuite vers le progrès – déréglé le monde.

(…) Nous qui nous croyions dans l’Holocène – 10 000 ans d’une ère à l’extraordinaire stabilité bioclimatique –, voilà que l’analyse de l’air contenu dans les glaces nous montre brutalement que la main de l’homme, inventant la machine à vapeur, a du même coup déréglé la machine du monde. Sols détruits, acidification des océans, destruction d’espèces animales ou végétales, ressources pillées, déchets éparpillés : l’homme est devenu une force géologique, et même sans doute la principale, agissant aujourd’hui sur la Terre.
Dans l’univers, au sein d’une immense galaxie, la planète Terre voyage depuis presque cinq milliards d’années en tournant autour du Soleil. Le mystère de cette petite planète est une magie à long terme, un déséquilibre permanent qui, sur une échelle de temps tout à fait déraisonnable, fait que nous sommes là.

(…) Qui se souviendra de la crise du pétrole dans le grand livre du monde à côté de l’extinction massive du Permien (90% des espèces marines, 70% des vertébrés), il y a 250 millions d’années ? De la mort des dinosaures, il y a 65 millions d’années ? Ou de la "sortie des eaux", il y a 430 millions d’années, qui vit pour la première fois des plantes pousser sur la Terre ? Que sont quelques siècles dans une histoire qui compte près de 5 milliards d’années ? A la fois rien – une leçon d’humilité – et tout : depuis le XIXe siècle, comme le montrent les courbes comparées des températures et des gaz à effet de serre analysés dans les glaces des pôles, nous transformons la Terre tel qu’aucun autre évènement cosmique, tellurique ou géologique ne l’a fait de manière aussi brutale depuis des millions d’années.

(…) Nous avons changé d’ère.
Or le jour où l’on change de regard, il faut changer de vocabulaire. Le jour où l’on change de monde, il faut changer les noms. Nous ne pouvons plus prendre les choses telles quelles, dans leur simple continuum… Puisque rupture il y a, il faut la nommer pour la voir, pour l’expliquer, pour l’autopsier, voire pour la conjurer. C’est pourquoi géologues et géophysiciens plaident aujourd’hui pour une nouvelle dénomination de cette période de l’histoire naturelle du monde : l’Anthropocène. Bienvenue dans "l’ère des humains".

Quelle prétention, quel anthropocentrisme, diront certains, peut bien pousser une bande de scientifiques de la dernière couche des Homo sapiens à vouloir trouver un nouveau nom à une si petite tranche d’histoire – deux cents ans, une rigolade ! – dont la marque sur l’échelle stratigraphique ne serait même pas visible à l’œil nu ? Vous avez sous les yeux la réponse, simple et alarmante : les évènements qui sont en train de s’y passer seront, eux, extrêmement visibles sur l’échelle des temps. Si les prévisions du GIEC se réalisent – une augmentation de quelque 5°C des températures d’ici la fin du siècle – , La Terre n’aura pas eu aussi chaud depuis le "Maximum thermique du Paléocène Eocène", il y 56 millions d’années !

Si l’on peut comparer l’évolution actuelle du climat à quelque chose survenu il y a si longtemps dans l’histoire de la vie, c’est que la situation n’est pas purement théorique. Et cette découverte nous oblige d’un coup à changer notre manière de voir. On a coutume de dire que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Il est aujourd’hui permis d’envisager qu’il n’y ait plus demain qui que ce soit pour écrire cette histoire-là.


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