Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur

Edgar Morin Seuil (2000) 130 pages
vendredi 18 décembre 2009
par  Joël Daniault

De quel viatique conceptuel avons-nous vraiment besoin pour affronter le monde qui vient ? Quelles idées, quels principes majeurs, devons-nous convoquer pour comprendre la signification des prodigieuses mutations dans lesquelles nous sommes d’ores et déjà embarqués ? A la demande et avec l’aide de l’Unesco, Edgar Morin exprime ici en termes clairs et de façon synthétique l’essentiel de sa pensée et de son oeuvre. Déjà diffusé sur plusieurs continents à l’occasion du changement de siècle, ce document aide à regarder, calmement, l’avenir en face.

1) Les cécités de la connaissance : l’erreur et l’illusion.

Toute connaissance est entachée d’erreur et d’illusion, à la fois sous l’influence de facteurs extérieurs (perturbations extérieures, mauvaises transmissions de l’information, contexte culturel et social,…) et en raison de notre fonctionnement cérébral. La connaissance de la connaissance apparaît alors comme une nécessité première.
« Il est nécessaire d’introduire et de développer l’étude des caractères cérébraux, mentaux, culturels des connaissances humaines, de ses processus et de ses modalités, des dispositions tant psychiques que culturelles qui lui font risquer l’erreur et l’illusion. »

2) Les principes d’une connaissance pertinente.

L’homme est complexe, le monde est complexe. L’être humain est à la fois biologique, psychique, social, affectif, rationnel.
Il faut situer les informations dans leur contexte pour qu’elles prennent sens. Or la société aussi est complexe, elle comporte des dimensions historique, économique, sociologique, religieuse…
Il faut une réforme de la pensée et l’éducation doit promouvoir une « intelligence générale » apte à se référer au complexe, au contexte multidimensionnel.
« L’intelligence parcellaire, compartimentée, mécaniste, disjonctive, réductionniste, brise le complexe du monde en fragments disjoints, fractionne les problèmes, sépare ce qui est relié, unidimensionnalise le multidimensionnel. »


3) Enseigner la condition humaine.

L’homme ne s’accomplit en être pleinement humain que par la culture. Il existe une boucle cerveau-esprit-culture et en même temps une boucle raison-affection-pulsion. Les relations entre ces trois dernières instances sont, non seulement complémentaires, mais aussi antagonistes comportant les conflits bien connus entre la pulsion, le cœur et la raison. La raison ne dispose pas du pouvoir suprême, elle est fragile.
« La culture est constituée par l’ensemble des savoirs, savoir-faire, règles, normes, interdits, stratégies, croyances, idées, valeurs, mythes qui se transmet de génération en génération, se reproduit en chaque individu, contrôle l’existence de la société et entretient la complexité psychologique et sociale »
Chaque culture est singulière.
L’éducation devra veiller à ce que l’idée d’unité de l’espèce humaine n’efface pas celle de sa diversité et que celle de sa diversité n’efface pas celle de l’unité.
« L’une des vocations essentielles de l’éducation sera l’examen et l’étude de la complexité humaine. Elle devrait montrer et illustrer le Destin à multiples faces de l’humain : le destin de l’espèce humaine, le destin individuel, le destin social, le destin historique, tous destins entremêlés et inséparables. Elle devrait déboucher sur la prise de conscience, de la condition commune à tous les humains et de la très riche et nécessaire diversité des individus, des peuples, des cultures et enfin sur notre enracinement comme citoyen de la terre. »

4) Enseigner l’identité terrienne.

Le destin de l’humanité est désormais planétaire . L’ère planétaire a commencé au 16° siècle par la communication de tous les continents. La mondialisation s’est poursuivie au 20° siècle et toutes les parties du monde sont devenues inter-solidaires mais des oppressions ont ravagé et continuent de ravager l’humanité.
Le développement lui-même a créé plus de problèmes qu’il n’en a résolus, et il conduit à la crise de civilisation qui affecte les sociétés prospères d’Occident.
« Conçu de façon seulement technico-économique, le développement est à terme insoutenable. Il nous faut une notion plus riche et plus complexe du développement qui soit non seulement matériel mais aussi intellectuel, affectif, moral,… »
La domination de la nature par la technique conduit l’humanité au suicide. Reconnaître notre lien consubstantiel avec la biosphère nous conduit à abandonner le rêve prométhéen de la maîtrise de l’univers, pour au contraire, nourrir l’aspiration à la convivialité sur terre.
Toutes les cultures ont leurs vertus, leurs expériences, leurs sagesses, en même temps que leurs carences et leurs ignorances.
« Civiliser et solidariser la terre, transformer l’espèce humaine en véritable humanité, deviennent l’objectif fondamental et global de toute éducation aspirant non seulement à un progrès mais à la survie de l’humanité. »
L’éducation devra comprendre une éthique de la compréhension planétaire.

5)Affronter les incertitudes.

« Les dieux nous créent bien des surprises : l’attendu ne s’accomplit pas, et à l’inattendu un dieu ouvre la voie » Euripide
et Pascal :
« Ni la contradiction n’est marque de fausseté ni l’incontradiction n’est marque de vérité. »
L’éducation doit reconnaître les incertitudes liées à la connaissance. Il importe d’être réaliste au sens complexe : comprendre l’incertitude du réel, savoir qu’il y a du possible encore invisible dans le réel.
Pour toute action entreprise en milieu incertain, il y a contradiction entre le principe de risque et le principe de précaution, l’un et l’autre étant nécessaire ; il s’agit de pouvoir les lier en dépit de leur opposition.
La notion de pari doit être généralisée à toute foi, foi en un monde meilleur, foi en la fraternité ou la justice ainsi qu’à toute décision éthique.

6)Enseigner la compréhension.

Le problème de la compréhension est devenu crucial pour que les relations humaines sortent de leur état barbare d’incompréhension. Et à ce titre, il se doit d’être une des finalités de l’éducation.
L’égocentrisme, tromperie à l’égard de soi-même, engendrée par l’autojustification, l’autoglorification et la tendance à rejeter autrui, étranger ou proche est la cause de tous les maux.
« D’où la nécessité d’étudier l’incompréhension, dans ses racines, ses modalités et ses effets. Une telle étude est d’autant plus nécessaire qu’elle porterait, non sur les symptômes, mais sur les racines des racismes, xénophobies, mépris. »

7) L’éthique du genre humain.

Cette éthique consiste à prendre conscience que l’individu, la société, l’espèce sont non seulement inséparables mais coproducteurs l’un de l’autre, que l’humain est à la fois individu, partie d’une société, partie d’une espèce. Nous portons en chacun de nous cette triple réalité.
Se posent alors deux grandes finalités :
« établir une relation de contrôle mutuel entre la société et les individus par la démocratie, accomplir l’Humanité communauté planétaire. L’enseignement doit contribuer, non seulement à une prise de conscience de notre Terre-Patrie, mais aussi permettre que cette conscience se traduise en une volonté de réaliser la citoyenneté terrienne. »

En résumé, pour Edgar Morin, l’avenir n’est pas prévisible, trop d’incertitudes demeurent, mais le pire n’est pas le plus probable. Edgar Morin reste optimiste et a foi en un monde meilleur plus solidaire, à condition de modifier nos modes de pensée, réunifier nos savoirs et prendre conscience de notre appartenance à la Terre-Patrie. Tout cela passe par l’éducation.

Notes de lecture rassemblées par Joël Daniault

Saint-Ismier le 07/08/09


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