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Investir dans le social

Jacques Delors Michel Dollé éd. Odile Jacob

jeudi 15 octobre 2009, par Joë l Daniault

L’individualisation croissante de nos sociétés remet en question le fonctionnement de l’Etat social.

Une des grandes difficultés contemporaines est de définir l’équilibre entre la solidarité et la cohésion sociale d’un côté et l’autonomie de l’autre. Une des réformes politiques àces difficultés est ce qu’on appelle l’Etat d’investissement social. Le rôle de l’Etat social va être d’améliorer les capacités individuelles ou collectives conduisant au meilleur emploi. Il devra s’attaquer aux racines mêmes des inégalités en visant l’égalité des capacités( « capabilités  », selon le terme d’Amartya Sen) ou ce que John Rawls nomme la juste égalité des chances.
L’état social est en crise (difficultés de financement, recul de la solidarité). Plusieurs pays préconisent de recourir àd’autres paradigmes : « l’Etat social actif  » ou « l’Etat d’investissement social  »
Avec l’Etat-providence, il s’agissait de :
-  • compenser les conséquences financières pour les familles de la survenue de risques( chômage, maladie, vieillesse)
-  • soutenir la natalité
-  • imiter par la redistribution le développement des inégalités produites par les économies de marché.
-  • Contribuer àla régulation des revenus, àla réduction des crises conjoncturelles et au soutien de la croissance.
Face aux risques sociaux, l’Etat a trois fonctions :
Prévention, compensation, restauration (activation des politiques sociales).
L’Etat-providence assure la compensation, l’Etat d’investissement social englobe les trois et il a pour objectif de faire respecter la justice sociale. Les promoteurs de cet Etat d’investissement social s’appuient sur les travaux de John Rawls d’une part, et sur ceux d’Amartya Sen d’autre part. J.Rawls définit les principes de justice que doivent respecter les « structures  » de base de la société démocratique : « On entend par structure de base la manière dont les principales institutions sociales s’agencent en un système unique, dont elles assignent les droits et devoirs fondamentaux et structurent la répartition des avantages qui résultent de la coopération sociale.  » J.Rawls met en avant deux principes de justice sociale. Le premier porte sur l’égalité pour tous du système des libertés de base. Selon le second, dénommé principe de différence, les inégalités économiques et sociales portant sur les biens sociaux ( tel le revenu), autres que les libertés de base, doivent d’une part, être attachées àdes fonctions et àdes positions ouvertes àtous dans des conditions d’égalité équitable des chances et doivent, d’autre part, procurer le plus grand bénéfice aux membres les plus défavorisés de la société.
Pour A.Sen, l’analyse des inégalités ne doit pas porter sur les « réalisations  » (les inégalités de revenu par exemple) mais sur les capacités de chacun àdévelopper ses projets de vie.
Et si l’on suit Rawls, l’égalité des chances n’est pas la méritocratie, au contraire, la société doit consacrer plus d’attention aux plus démunis. L’Etat social doit corriger, autant que nécessaire, les inégalités de situation dans la mesure où elles conduisent àrenforcer l’inégalité des chances. Une inégalité ne doit être acceptée que si, en la réduisant, on détériore la situation du plus faible. Rawls souligne également que les contributions de chacun àla production des biens sociaux et des revenus qu’ils en tirent dépendent certes de leurs mérites et talents, mais aussi des structures sociales dans lesquelles ils se déploient. Par conséquent, les prélèvements finançant la redistribution ne sont pas une expropriation du fruit de leur travail que les plus riches ont acquis par leur seul mérite.
Mais l’Etat d’investissement social n’est pas un substitut àl’Etat-providence. Investir dans le développement des capacités individuelles, permettre àtous de disposer d’un emploi, c’est permettre àchacun de maîtriser un peu plus son destin. Mais les mettre en Å“uvre ne peut supprimer tout àfait ni les risques économiques et sociaux ni les inégalités face àeux. La socialisation de la prise en charge des conséquences de ces risques est l’objet de l’Etat-providence : elle reste indispensable.
Après l’exposé de ces bases théoriques, les auteurs examinent les conditions de leur application dans les domaines de l’emploi, de la formation et de l’enfance.
Mais pour développer un Etat social investissant au service de l’autonomie des personnes et de la promotion de l’emploi, il faut modifier en profondeur les instruments de l’Etat-providence et le fonctionnement institutionnel.
L’Etat social doit investir dans le cadre du développement des services publics plutôt qu’au travers de prestations. Cet investissement social peut être largement financé par son impact sur la croissance et les conditions sociales.
La satisfaction des besoins de tous ne peut être obtenue par le seul fonctionnement des marchés, même si des aides financières sont fournies àcertains usagers, ne serait-ce que parce que d’autres facteurs ( socio-culturels) freinent l’expression même de la demande.
« Produire de la solidarité devrait être l’objet d’une politique économique et sociale qui aide àrénover les liens entre les membres d’une même société, c’est créer un état d’esprit qui limite les excès de l’individualisme, qui s’appuie sur le dialogue avec les dominés et les exclus, en les reconnaissant, non seulement dans leur dignité d’homme ou de femme, mais comme interlocuteurs, voire partenaires, d’un projet de développement personnel.  »

Notes de lecture rassemblées par Joë l Daniault

Saint-Ismier le 26/09/09